Second album des Guttercats, 2 ans après un « Pandora’s box » qui portait déjà de belles promesses, ce « Black sorrow » assume fièrement sa filiation rock classieuse.

A rapprocher de quelques combos anglais du meilleur cru, Jacobites (décidément on parle beaucoup d’eux dans ce numéro) ou Flaming Stars en tête. Les Guttercats s’insinuent souplement dans les méandres d’une certaine forme de rock’n’roll où les bases acoustiques, nécessaires à l’élaboration de mélodies affûtées et lumineuses, se voient sublimées par un traitement où l’électricité, sobrement maîtrisée et délicatement ciselée, assure l’assise d’une construction toute entière dédiée à un culte musical qui n’a rien à envier aux représentants les plus stylés d’un courant de pensée qui irait de Shelley à Marc Bolan en passant par Turner ou Oscar Wilde.

On est ici en plein néo-romantisme rock’n’roll avec ce qu’il faut de sentiments et de pudeur (piano et slide pour surligner un propos tout en finesse), mais avec aussi une subtile dose d’énergie pour emporter l’ouvrage dans un tourbillon d’émotions et d’intensité qui affirment sans ambage la dimension à la fois épique et intimiste du décor sonore posé par un groupe qui se révèle, au fil du temps, diablement attachant. L’ensemble se déroule sans accroc, sans accident de terrain, sans cahot ni anicroche, comme une mécanique bien entretenue, comme une oeuvre longtemps peaufinée et savamment élaborée.

Il est heureux de constater qu’il existe encore des gens pour perpétuer le souvenir d’un temps où le rock’n’roll se gravait au ciseau d’orfèvre sur des tablettes du marbre le plus fin.